Mathieu Neuville est intarissable sur le sujet. Ce qui est un peu normal quand on fait partie d’une équipe de passionnés, qui plus est dotée d’un projet en béton. Ou plutôt en béton d’argile… Responsable du département Recherche et Développement (R&D) de la startup Ecozimut, Mathieu Neuville et son équipe ont en effet conçu un matériau de construction qui suscite un véritable engouement, tant chez les professionnels du bâtiment que chez les agriculteurs.

Réduire la facture énergétique du bâtiment

Fondée il y a 4 ans, la SCOP* Ecozimut est à la base un bureau d’études thermiques, spécialisé dans les constructions à haute valeur environnementale. La société s’est ensuite dotée d’un pôle de maîtrise d’œuvre, en accompagnant les architectes dans la conception et réalisation de bâtiments faisant appel à des isolants bio-sourcés (bois, terre, pierre). « Le bâtiment représente actuellement 50% des émissions de gaz à effet de serre et de l’énergie consommée en France », explique Mathieu Neuville. « Conscients qu’il  y a des énormes progrès à faire de ce côté-là, nous avons créé, il y a deux ans, un pôle R&D pour développer des matériaux à faible empreinte environnementale, à base de terre et d’argile. » Trois produits ont ainsi vu le jour : un enduit de terre projetable pour la finition des murs intérieurs et extérieurs, un béton d’argile porteur et un béton d’argile et de granulats végétaux qui permet de créer une enveloppe isolante sur bâtiment avant finition. C’est avec ce dernier matériau qu’Ecozimut veut créer un pont entre le monde agricole et celui du bâtiment.

La solution des coproduits agricoles

« L’idée est de mêler terre et coproduits  agricoles pour créer des matériaux à fortes propriétés isolantes », poursuit Mathieu Neuville. « Une étude de faisabilité, financée par la Banque Publique d’Investissement (BPI), a permis d’identifier et tester plusieurs agro-ressources comme la chènevotte**, la paille, des algues séchées, du lin, de l’écorce de céréales. Les résultats ont montré que toutes permettent d’obtenir des performances mécaniques et thermiques très intéressantes. » C’est sur la chènevotte que la jeune société a choisi de se concentrer pour commencer. Elle travaille depuis quelques mois avec la CAVAC, une coopérative vendéenne, pour développer des blocs légers de type parpaings à base de chènevotte*, dotés d’excellentes caractéristiques thermiques. En utilisant de la terre comme liant, ce matériau présente en outre l’avantage de ne pas nécessiter de cuisson, ce qui lui confère une empreinte carbone exceptionnellement basse.

Ecozimut vient enfin de lancer un partenariat avec une coopérative occitane pour travailler sur l’utilisation de canne de tournesol dans son béton de terre. « Il y a de grands débouchés pour l’agriculture avec ce type de projets », insiste l’entrepreneur. « Il faut maintenant réfléchir à l’organisation des filières pour récupérer ces coproduits et convaincre coopératives et entreprises du bâtiment de travailler ensemble sur le développement de ces matériaux. »

Des premiers bâtiments pour 2018 ?

Ecozimut est en train d’intégrer ses matériaux innovants dans des projets concrets, surtout en ce qui concerne son béton d’argile porteur. Elle a ainsi dans ses cartons la construction d’une maison de santé et de plusieurs maisons individuelles au nord de Toulouse. D’autres projets plus ambitieux sont à l’étude mais nous n’en saurons pas plus pour le moment. En parallèle, la SCOP cherche à encore améliorer les performances mécaniques de son produit. De fait, les bétons « classiques » intègrent des fibres de verre, d’acier ou de carbone pour se renforcer. La SCOP veut, elle, y intégrer des fibres naturelles, plusieurs études ayant montré que c’est réalisable. « Nous sommes dans une période extrêmement stimulante », se réjouit Mathieu Neuville. « Depuis quelques mois, les choses s’accélèrent. Notre laboratoire, qui vient de déménager au Théogone de Ramonville, produit de bons résultats. Notre réseau s’étoffe de jour en jour. De nombreux architectes veulent travailler avec nous, de même que le Conseil Départemental et le Conseil Régional. Les premiers projets sortiront de terre en 2018, c’est certain. »

Une dynamique porteuse à laquelle le Village by CA n’est pas étranger. Hébergée dans les locaux depuis le janvier 2017, la start-up se félicite de l’écosystème du Village. « C’est un espace de rencontres incomparable », témoigne le jeune homme. « Nous y avons croisé des pôles de compétitivité, l’ADEME, etc. Le Village a clairement donné un gros coup d’accélérateur à notre projet, notamment au niveau de la R&D. » Si le projet vous intéresse, vous trouverez toutes les informations sur leur site internet (www. ecozimut.com). Et si vous désirez aller plus loin, Ecozimut vient de créer un 4ème pôle autour de la formation sur les performances thermiques et énergétiques des bâtiments. Un sujet qui devrait sûrement intéresser plus d’un agriculteur…

Garcia – TUP

* Société coopérative et participative

** Partie intérieure rigide de la tige de chanvre