Selon une étude publiée dans Nature Communications, nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050 à partir de produits bio est possible à condition de réduire le gaspillage et d’inverser la proportion de protéines animales et végétales dans l’alimentation.

Moyennant la modification des rations alimentaires, la réduction du nombre d’animaux et le changement des schémas de gaspillage, l’agriculture biologique peut contribuer à nourrir plus de 9 milliards de personnes en 2050. Telle est la conclusion d’une étude de chercheurs européens publiée récemment dans la revue scientifique Nature Communications. Si les bénéfices de l’agriculture bio pour la santé et pour l’environnement ne prêtent plus à discussion, sa capacité à nourrir l’ensemble de la population mondiale, appelée à croître de 20 % d’ici à 2050, interroge.

Déficit d’azote

L’interrogation est légitime car sans changer ni de régime alimentaire, ni réduire le gaspillage, le scénario d’une agriculture bio à 100 % impliquerait une augmentation des surfaces agricoles comprise entre 16 et 33 %, au détriment de la forêt qui serait entamée de 8 à 15 %, le tout pour compenser un déficit de rendement estimé entre 8 % et 25 % selon les productions et les pays. Pour compenser l’augmentation de la population mondiale, l’agriculture conventionnelle pourrait de son côté se contenter d’une hausse des surfaces agricoles de 6 %. L’étude pointe par ailleurs une limite technique liée aux apports d’azote indispensables aux cultures, que le recours aux légumineuses fixatrices ou aux couverts végétaux peinerait, dans l’état actuel des connaissances, à satisfaire.

Normes culturales et culturelles

Une planète bio à 100 % en 2050 est néanmoins envisageable moyennant la chasse au gaspillage tout au long de la chaîne alimentaire, du champ à l’assiette en passant par le transport et la distribution. On estime à 30 % la perte de denrées entre la fourche et la fourchette. Un second levier touche au régime alimentaire et à l’apport de protéines en particulier, satisfait aujourd’hui aux deux tiers par les produits animaux contre un tiers pour les végétaux. Un rapport qu’il suffirait d’inverser pour gagner en efficience, moyennant un changement de logiciel cultural et… culturel. Rien d’évident au moment même où le régime carné connaît de plus en plus d’adeptes dans les pays émergents. L’étude ne dit rien du prix : celui payé aux agriculteurs et celui acquitté par les consommateurs, dans un environnement 100 % bio.

En 2016, l’agriculture bio était développée sur 1 % des terres agricoles mondiales sur 6,2 % des terres européennes et sur 5,7 % des terres françaises.

© Raphaël Lecocq – Uni-éditions – décembre 2017