Une nouvelle méthode permet d’industrialiser l’échantillonnage des teneurs en phosphore et potassium des sols. Un passeport pour la modulation intra-parcellaire, moyennant environ 10 €/ha/an pour une plus-value comprise entre 30 et 60 €/ha.

En France, il se réalise environ 300 000 analyses de sols par an, quand les bonnes pratiques agronomiques en exigeraient le double. Entre les agriculteurs se disant sûrs de la connaissance de leur sol et ceux pointant une hétérogénéité propre à déjouer les résultats, l’analyse de sol ne fait pas recette. Une nouvelle technique d’échantillonnage pourrait changer la donne. Elle est l’œuvre de l’institut technique Arvalis et de sa filiale Auréa spécialisée dans les analyses agricoles et environnementales. Les deux entités ont mis au point une technique reposant sur la spectroscopie proche infrarouge. Celle-ci est déjà mise à profit dans les silos pour analyser le taux de protéines des céréales ainsi que la composition des fourrages.

Une cartographie précise

Appliquée aux sols, la spectroscopie proche infrarouge permet de quantifier, au moyen d’un appareil léger à lecture instantanée, les paramètres physiques (argile, limon, sable, calcaire), chimiques (pH, capacité d’échange cationique – CEC), organiques (taux de carbone organique, azote total) et enfin nutritionnels (phosphore assimilable, potassium, magnésium). La technique ne s’affranchit pas totalement d’une analyse complémentaire en laboratoire, indispensable pour corroborer certains paramètres comme la teneur en phosphore. Mais une seule analyse par hectare est désormais suffisante, là où quatre étaient auparavant nécessaires pour réaliser une cartographie précise de la richesse minérale des sols.

Entre 30 € et 60 €/ha de plus-value

Résultat : en permettant d’industrialiser l’échantillonnage des teneurs en phosphore et potassium, la spectroscopie proche infrarouge modifie l’équation économique de l’approche intra-parcellaire de la fumure de fond. Arvalis et Auréa évaluent le coût de revient des analyses à environ 10 €/ha/an. Selon le réseau d’agriculture de précision be Api, la plus-value de la modulation intra-parcellaire de la fertilisation en phosphore et potassium est comprise entre 30 et 60 €/ha selon le degré d’hétérogénéité des sols.

Baptisée Spirit Sol+, la méthode d’Arvalis et Auréa sera déployée en grandes cultures, en viticulture, en arboriculture et en maraîchage, par l’entremise de coopératives, d’entreprises de négoce, de chambres d’agriculture et de bureaux d’études partenaires.

© Raphaël Lecocq – Uni-éditions – juillet/août 2018